L’Inconnu de la Grande Arche

Le drame L’inconnu de la Grande Arche, de Stéphane Demoustier, met en évidence des faits et des situations extrêmement graves à propos du projet et de la réalisation de la Grande Arche de la Défense.

Le concours d’architecture, intitulé “Projet Tête Défense”, à l’initiative du président François Mitterrand en 1982 fut en effet remporté par l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen.

Le lauréat du concours ne verra pas son projet aboutir car il mourra en 1987, deux ans avant la réalisation de la Grande Arche, au terme de tracas administratifs, de contraintes budgétaires, de règlements contraignants, et surtout d’intrigues politiques odieuses et infernales.

Cet homme esthète et d’une grande droiture, sera poussé dans ses derniers retranchements par des “minus” et des “valets”, selon l’expression de l’architecte, qui y laissera sa santé pour finalement tomber dans un oubli total. Ce film lui rend justice.

La résistance artistique d’un architecte danois

L’arrivée de la cohabitation en 1986 fragilise Mitterrand et rejette la présence du Carrefour international de la communication (CICOM) dans cette arche de la Défense. Le gouvernement de droite, représenté dans le film par Alain Juppé, va vouloir privatiser le projet. Le film laisse entendre qu’ils ont considéré l’aspect pécunaire du projet, plutôt que sa valeur artistique et symbolique.

Ce drame franco-danois met parfaitement en scène le sacrifice continuel de Johan Otto von Spreckelsen au profit d’acteurs ouverts à toutes sortes de compromis.

L’acteur Claes Bang, tout en puissance et en finesse, joue l’artiste à fleur de peau, le créateur obsédé par une oeuvre qui est l’aboutissement de sa vie. Autour de lui, l’architecte exécutant Paul Andreu, joué par Swann Arlaud, et Jean-Louis Subilon, incarné par Xavier Dolan, représentent le système étouffant des compromis en tout genre. La femme de l’architecte, Liv von Spreckelsen, interprêtée par Sidse Babett Knudsen, est un modèle de courage. Au coeur d’une hostilité générale, Mitterrand, exécuté à la perfection par Michel Fau, est l’incarnation suprême d’une politique de dérobades et de faux-fuyants.

La Grande Arche de la Défense face aux “minus” et aux “valets” de l’Etat

La construction de l’arche géante subit les soubresauts, les restrictions budgétaires, exercées tantôt par le pouvoir mitterrandien, tantôt par ses adversaires.

Cette reconstitution factuelle pose un constat objectif sur la déroute du système de cohabitation au cours de la Vème République, et met l’accent sur l’inconstance et le machiavélisme des gouvernants.

A la fin du film, une question se pose : le jury du concours a décerné à Johan Otto von Spreckelsen le prix. Mais Mitterrand rechignait-il à ce qu’un Danois intervienne dans ses rêves de grandeur française en lien avec la commémoration du bicentenaire de la Révolution? Etait-ce donc une pression constante orchestrée de main de maître par le président, à laquelle se sont surajoutées les bassesses d’un gouvernement de cohabition?

Le film laisse planer le doute sur les réelles motivations des politiques qui ont, en définitive, creusé la tombe de l’architecte. Il mourra deux ans avant la réalisation de son “cube”. C’est son exécutant Paul Andreu qui finalisera le projet.

N’était-ce pas, au fond, une mort programmée?

L’Inconnu de la Grande Arche est un hommage posthume à la droiture, au génie et à la ténacité d’un architecte.

Sorti le 5 novembre 2025

D’après le roman La Grande Arche de Laurence Cossé (7 janvier 2016, éditions Gallimard)

Crédit photo © Ex Nihilo Muriel Meynard (France) Zentropa (Danemark)

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