En 2021, Céline se rend seule en Arménie pour confirmer l’acte de naissance de son époux arménien Arto, récemment disparu. A l’occasion d’une démarche, elle apprend que son mari lui a menti au sujet de son nom de baptême. Il aurait changé de nom, suite à sa participation calamiteuse à la première guerre du Karabakh de 1988-1994. Troublée par cette découverte, elle cherche à en savoir plus.
De fil en aiguille, aidée par les uns et les autres, en Arménie puis au Karabakh, elle se rapproche peu à peu de la réalité. Cette réalité est aussi celle du tremblement de terre de 1988, et des deux guerres qui ont meurtri toute une nation.
Le Pays d’Arto se déroule dans une période charnière de l’histoire du conflit du Karabakh
Le film Le Pays d’Arto réalisé par Tamara Stepanyan, d’après le scénario de Tamara Stepanyan, Jean-Christophe Ferrari, Jean Breschand, Jihane Chouaib, Romy Coccia di Ferro, nous a bien surpris. Tout d’abord, il se déroule dans une période charnière, en 2021, deux années avant l’exode forcé des Arméniens de leur territoire historique du Karabakh, et une année après la défaite du second conflit de 2020.
Le journal Libération a parlé au sujet de ce film de dialogues “artificiels”, de phrases “sentencieuses”, de prétendue “pédagogie”… C’est plutôt la vérité qui semble déranger son auteur !
Une peinture sociale et nationale de l’Arménie, entre le drame et le théâtre de l’absurde
Le Pays d’Arto est une grande réussite esthétique et scénaristique. Il révèle avec brio la fausse ingénuité, la feinte ignorance, la complicité et la lâcheté séculaire d’un monde qui a armé les agresseurs de l’Arménie et du Karabakh.
L’enquête que mène Céline, la femme d’Arto, interprétée par l’excellente Camille Cottin, se déroule à travers des scènes lyriques, ou bien, au contraire, relève du théâtre de l’absurde.
Les références aux deux républiques soeurs – Arménie et Karabakh -, les allusions subtiles aux acteurs de la guerre, les piques sarcastiques ou narquoises, les pointes d’ironie, ajoutent au drame un ton tragi-comique.
Les personnages que rencontre Céline sont autant d’enquêteurs et de témoins, saisissants de réalisme et de profondeur, ou d’absurdité, qui éclaircissent ou épaississent la brume du mystère. Le fantôme d’Arto n’est, au fond, que l’un des nombreux fantômes des guerres et du tremblement de terre. Ce film ne transige pas avec l’indifférence, les comportements égoïstes, les attitudes désinvoltes, l’excès de confiance, la méfiance mal placée de certains.
Les montagnes éternelles semblent renfermer autant de mystères que l’histoire troublante de cet Arto torturé par son destin. Les vestiges du soviétisme, du tremblement de terre, et de la très lente reconstruction sont montrés heureusement de manière esthétique. Dans ce monde arménien saisi par l’œil de la caméra dans ses moindres recoins, la folie, le désespoir, l’amertume et la tristesse, coexistent avec l’espérance, la liberté, le besoin de protection et de renforcement. Dans un pays hanté par des morts sans sépulture, la nature joue le rôle de passerelle entre les vivants et les morts.
Le Pays d’Arto présente avec justesse et finesse la réalité sociale du pays, le vécu collectif de gens “nés dans le sang et la guerre”…
Sorti le 31 décembre 2025
Durée : 104 minutes
